Nous plongeons dans l’univers de Sirāt (2025), d’Oliver Laxe avec la création cocktail Rosa del desierto
Le titre Sirāt vient de la tradition islamique. Dans le Coran, as-sirāt al-mustaqīm désigne le “droit chemin”, une voie morale et spirituelle. Dans la tradition religieuse, il renvoie aussi à un pont que les âmes doivent traverser après la mort, entre l’enfer et le paradis. L’image d’un pont suspendu au-dessus de l’enfer que chaque âme doit traverser pour atteindre le paradis. Cette notion de passage, entre chute et salut, structure symboliquement tout le film, même sans être traitée de manière religieuse explicite.
Nous suivons l’histoire de Luis (Sergi López) et de son fils, qui traversent le désert marocain à la recherche de leur fille disparue, dont la dernière trace mène à une rave isolée. Après l’intervention de l’armée, ils choisissent de suivre un groupe de raveurs nomades qui s’enfoncent toujours plus loin dans un territoire hostile. Leur quête se transforme peu à peu en une traversée à ne plus finir.
Dans Sirāt, Oliver Laxe propose une expérience. Plus qu’une narration classique. Dès l’ouverture, dans un rave installé en plein désert marocain, le ton est donné: très peu de dialogues, une attention portée aux gestes, aux corps, au son. Le film avance de manière floue, laissant beaucoup d’espace à l’interprétation. Alors, tout comme le personnage principal, on ne sait pas trop où on se dirige.
Le parcours de Luis (Sergi López) et de son fils, partis à la recherche de leur fille disparue, devient progressivement autre chose qu’une simple quête: une forme d’épreuve. On sent dès les premiers instants que le lien familial de semble très fragile, rompu. Le thème de la famille revient sous plusieurs formes tout au long du film.
Le film aborde également des thèmes liés au deuil. Il s’illustre entre autre dans la disparition de la fille, cette absence qui structure le récit. Luis avance sans certitude, sans réponse, mais avec une forme de détermination qui ressemble à une forme de foi, sans être religieuse au sens traditionnel. Cela amène une question centrale : quand il n’y a plus de cadre religieux ou social, sur quoi repose la morale et l’espoir ? Comment prendre des décisions dans un environnement où il n’y a plus de règles claires ?
Le groupe de raveurs que Luis suit fonctionne comme une communauté temporaire. Ils ne partagent pas forcément les mêmes valeurs ou les mêmes objectifs, mais ils sont forcés de coopérer pour survivre. Dans ce contexte, la solidarité devient essentielle, presque instinctive. Malgré la méfiance, dans un monde en guerre et barbare, le partage et le besoin de s’unir est plus fort. Le film montre bien que ces liens peuvent exister, mais qu’ils restent fragiles.
Le rave, au début, est présenté comme un moment de transcendance collective. Cette dimension a une résonance directe avec certaines expériences réelles de la culture rave, que j’ai connu plus jeune, à 19-20 ans. Où la musique et le contexte créent un sentiment temporaire de communauté, en dehors des structures habituelles. Les amitiés créées dans ces soirées deviennent comme une deuxième famille, parfois plus proche même que les liens de sang.
Aux premiers abords, ce film m’a remémoré ce temps de ma vie, où ce n’était pas angoissant de ne pas savoir comment allait se terminer la nuit, le matin. Où on devenait amis grâce à la danse et aux vibrations du speaker. Cet âge aussi, où se convoitaient naïveté, maturité et danger de l’inconnu. Mais le film pousse cette réflexion beaucoup plus loin, en la confrontant à un environnement hostile et à des situations extrêmes, dans un univers de guerre, voir apocalyptique.
L’environnement devient de plus en plus hostile, et les situations auxquelles les personnages font face mettent leurs limites à l’épreuve. La résilience humaine est présente, mais elle est constamment confrontée à quelque chose de plus grand qu’elle.
Le désert joue un rôle important dans cette dynamique, dans ce labyrinthe de sable. Il ne sert pas seulement de décor : il impose ses propres règles. Il met en évidence la vulnérabilité des personnages et limite leur capacité d’action. Face à cet environnement, les choix deviennent plus urgents, plus concrets. On se laisse flouer aussi par le soleil, comme s’il tapait sur nos têtes à nous aussi.
L’incroyable musique de Kangding Ray contribue fortement à cette tension. J’ai découvert ce compositeur grâce au film et je réécoute très régulièrement ce score grandiose. La trame sonore oscille entre techno et sons plus ambient, créant une continuité entre les scènes de rave et les moments plus sombres. Elle ne cherche pas à rassurer, mais à maintenir une certaine pression, presque constante. Je vous conseille fortement de partir à la découverte de cet artiste.
Rosa del desierto
1 ½ oz Grappa Castagner
¾ oz de Sumarroca Tuvi Penedes 2024
½ oz de miel salé aux zestes de citron
1 oz d’infusion refroidie de thé Rooibos à l’abricot et sauge
Brume d’eau de rose, fleurs d’oranger, calendula et rose séchée au soleil
Dans un shaker, verser tous les ingrédients et agiter vigoureusement. Double filtrer à l’aide d’un tamis fin dans un Nick & Nora refroidi.
Garnir d’une rose séchée et d’une brume de rose, fleurs d’oranger et calendula

